Trump rebaptise l'IA en « Super Intelligence » : ce que ça change vraiment
Depuis son discours devant l'Assemblée générale des Nations Unies le 22 septembre, Donald Trump a officiellement demandé que l'expression « intelligence artificielle » soit remplacée par « super intelligence » — abrégée SI — dans l'ensemble des documents du gouvernement américain. Le président juge que le mot « artificiel » donne une image fausse et peu flatteuse de la technologie. Les experts, eux, s'accordent à dire que le changement de label ne change rien à la réalité technique.
Le problème de définition
Dans le jargon des chercheurs, les termes ne sont pas interchangeables. L'IA actuelle — ChatGPT, Gemini, Claude — relève de l'intelligence artificielle étroite (ANI, artificial narrow intelligence) : elle excelle dans des tâches précises mais n'a aucune compréhension générale. La superintelligence (ASI) désigne, elle, des systèmes théoriques qui surpasseraient l'intelligence humaine dans tous les domaines. Comme le détaille Tom's Guide, ce seuil n'est pas encore atteint — ni même approché — par aucun système existant. Appeler l'IA d'aujourd'hui « super intelligence », c'est coller une étiquette de fusée sur une voiture électrique.
Un signal politique, pas technique
Le rebaptême n'a aucune portée juridique en dehors des agences fédérales américaines, précise Breaking Defense. Aucun grand acteur de l'industrie — OpenAI, Anthropic, Google — n'a annoncé adopter le terme SI. Mais le geste est clairement politique : Trump rejette ce qu'il appelle les « schémas globalistes » en matière d'IA et entend positionner les États-Unis en dehors des cadres de gouvernance multilatéraux.
C'est là que la friction avec l'Europe devient concrète. La France intègre pleinement le règlement européen sur l'IA (AI Act) depuis cet automne, sous la supervision de la CNIL et de l'ARCEP. Ce règlement repose sur une classification rigoureuse des niveaux de risque — une classification qui perd de sa cohérence si les États-Unis floutent délibérément la frontière entre IA étroite et superintelligence. Les acteurs français de l'écosystème numérique, comme Mistral ou OVHcloud, misent sur l'harmonisation européenne pour gagner en lisibilité réglementaire ; un glissement sémantique côté américain complique ce calcul.
Cette annonce s'inscrit par ailleurs dans une série de rebranding politiques trumpiens : le golfe du Mexique rebaptisé « golfe d'Amérique », ou encore le ministère de la Défense redevenu « ministère de la Guerre ». Comme le relève Breaking Defense, ce type de renommage crée souvent plus de confusion qu'il n'en résout — surtout lorsque les régulateurs de deux continents doivent parler d'une même technologie avec des mots différents.
Faut-il s'attendre à un changement ?
Probablement pas dans l'immédiat. Aucun mécanisme d'application n'a été publié par la Maison-Blanche, et le secteur tech américain reste silencieux. Le terme « intelligence artificielle » a trente ans de littérature scientifique et de cadres juridiques derrière lui. Trump peut bien en changer le nom dans ses mémos ; la technologie, elle, ne s'en trouve pas modifiée d'un octet.