PRIMA : la NASA lance un télescope infrarouge à 1,2 milliard de dollars pour 2033
La NASA vient de faire passer sa mission PRIMA (PRobe far-Infrared Mission for Astrophysics) en Phase B, l'étape de conception préliminaire. Budget plafonné à 1,2 milliard de dollars hors coût de lancement, lancement prévu en 2033 : c'est la première mission d'une nouvelle catégorie intermédiaire entre les grands programmes phares comme James Webb et les petites sondes Explorer. Le CNES figure parmi les sept agences partenaires officiellement désignées.
Entre Webb et les radiotélescopes
PRIMA embarquera un miroir de 1,8 mètre opérant dans l'infrarouge lointain — une fenêtre du spectre électromagnétique que James Webb n'exploite pas et que les radiotélescopes au sol ne couvrent pas non plus. C'est exactement là que se trouvent les signatures de la vapeur d'eau, des poussières froides et des nuages moléculaires qui donnent naissance aux étoiles et aux planètes. La dernière mission capable d'observer dans cette gamme était Herschel, arrêtée en 2013 après épuisement de son hélium liquide — soit plus de douze ans de carence observationnelle.
Pour combler cette lacune, PRIMA utilisera des détecteurs à inductance cinétique (KID), mis au point aux Pays-Bas, capables de réaliser des relevés spectraux 3 à 5 fois plus rapidement que toute mission infrarouge précédente. Le télescope sera refroidi à 4,5 kelvins par des refroidisseurs actifs, sans hélium liquide, ce qui garantit une durée de vie de cinq ans sans la contrainte qui avait limité Herschel.
La France dans la boucle
Le CNES est partenaire annoncé aux côtés de l'Allemagne (DLR), l'Italie (ASI), le Royaume-Uni, le Canada, la Corée du Sud et le Japon. Les contributions détaillées de chaque agence seront précisées au fil de la Phase B — elles pourraient inclure des instruments, des sous-systèmes optiques ou cryogéniques, domaines où l'industrie française est compétitive.
Le centre de données de la mission sera géré par le Caltech IPAC, avec 70 % du temps d'observation ouvert à la communauté internationale. Les chercheurs français auront accès aux données dans les mêmes conditions que leurs homologues américains.
PRIMA doit prendre le relais scientifique après le télescope Nancy Grace Roman, dont le lancement est attendu en 2026 — la NASA a d'ailleurs déjà commencé à préparer La NASA a assemblé une caméra WFI 288-MP pour le télescope spatial Nancy Grace Roman, qui verra 100 fois plus que Hubble.. L'agence vise ainsi à maintenir un rythme régulier de grandes missions sans attendre les programmes phares de la prochaine décennie. En parallèle, d'autres projets explorent des environnements bien différents : les robots SWIM sont conçus pour sonder l'océan souterrain d'Europe, le satellite de Jupiter. PRIMA, lui, regardera bien plus loin — jusqu'aux premières accumulations de poussières cosmiques et à la croissance des trous noirs supermassifs.