BioPykrete : de la glace 10 fois plus résistante que le béton, créée en laboratoire
Des chercheurs de l'Université hébraïque de Jérusalem ont fabriqué un matériau de construction à partir de glace, dix fois plus résistant que la glace ordinaire et comparable au béton en compression. Baptisé BioPykrete, ce composite biodégradable pourrait transformer la logistique dans les régions polaires, où transporter du béton ou de l'acier coûte une fortune.
Le secret moléculaire
Le BioPykrete associe de la glace à des nanocristaux de cellulose — de minuscules fibres végétales rigides qui forment un réseau tridimensionnel pendant la congélation. L'ingrédient clé est une protéine chimère conçue sur mesure pour faire le lien entre la glace et la cellulose, comme une colle moléculaire. Selon l'équipe, cette protéine a suffi à doubler la résistance du matériau par rapport à un mélange glace-cellulose sans ce pont biologique.
L'idée n'est pas entièrement nouvelle. En 1942, le projet Habakkuk avait déjà produit le Pykrete, un mélange de glace et de pulpe de bois, avec lequel les Britanniques envisageaient de construire un porte-avions de 600 mètres. BioPykrete reprend ce principe, mais remplace les copeaux grossiers par des nanotechnologies, ce qui change radicalement les performances.

Le BioPykrete associe nanocristaux de cellulose et une protéine chimère pour obtenir une glace aussi résistante que le béton.
Des chiffres qui interpellent
Les tests en laboratoire sont frappants : le matériau absorbe jusqu'à 70 fois plus d'énergie avant de se fracturer que la glace pure. Autrement dit, il ne se brise pas en éclats sous un choc ; il se déforme en conservant sa structure. L'étude a été publiée en septembre 2026 dans la revue Colloids and Surfaces B: Biointerfaces, par une équipe dirigée par le professeur Ido Braslavsky. Les résultats sont détaillés dans Interesting Engineering, qui décrit précisément le mécanisme de compression.
Des perspectives polaires
L'application visée en priorité est la construction de structures temporaires en Arctique et en Antarctique. Dans ces zones, acheminer des matériaux classiques revient très cher et laisse une empreinte carbone élevée. Un composite fabriqué sur place à partir d'eau et de fibres végétales constituerait une alternative à faible impact. Pour la France, qui administre les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), la piste mérite attention : le CNRS et l'IFREMER suivent activement les matériaux adaptés aux environnements extrêmes.
Pour l'heure, BioPykrete reste un prototype de laboratoire. Les chercheurs n'ont pas encore communiqué de données sur sa tenue lors de cycles gel-dégel répétés ni sur son passage à l'échelle industrielle. La prochaine étape consiste à tester le matériau sous charges réelles et dans des conditions environnementales prolongées — comme le note Lab Online, le chemin entre la preuve de concept et le chantier polaire reste long.